LETTRE D'HOWARD BERMAN AUX REPRESENTANTS
Jean Eckian

armenews
21 avril 2010

USA - GENOCIDE DES ARMENIENS

Il y a tout, dans cette lettre de Howard L. Berman, President de la
Commission des Affaires Etrangères de la Chambre des Representants,
dont la hauteur de vue n'est plus a demontrer. Tout, y compris les
raisons pour lesquelles la resolution ne sera pas votee, en admettant
que la Presidente Nancy Pelosi la mette a l'ordre du jour : parler de
securite nationale en danger, aux USA, c'est eliminatoire, surtout
depuis le 11 septembre 2001. Mais après tout, la decision de la
Commission, en pleine confusion a propos des protocoles, a ete une
surprise. On peut donc peut-etre y croire...

Washington, DC - Howard L. Berman, (Democrate, Californie), president
de la Commission des Affaires Etangères de la Chambre des Representants
, a envoye cette semaine une lettre en termes forts a ses collègues
de la Chambre des Representants, rejetant ce qu'il appelle une
argumentation "moralement aveugle" niant l'evidence historique
incontestable du Genocide Armenien.

Voici le texte de sa lettre :

Chers Collègues,

Comme vous pouvez en etre informes, les membres du groupe parlementaire
d'amitie avec la Turquie font circuler une lettre destinee a etre
signee, adressee a la Presidente Pelosi, la pressant pour que la
Resolution sur le Genocide Armenien (H. Res. 252), recemment votee
par la Commission des Affaires Etrangères, ne soit pas deposee pour
etre votee par la Chambre dans son ensemble. Les auteurs suggèrent
que le vote de ce projet par la Chambre provoquerait des 'dommages
irreparables' a la securite nationale des USA, ferait 'derailler les
efforts en cours' de l'Armenie et de la Turquie pour normaliser leurs
relations, et ferait du tort a l'economie des USA, faisant courir un
risque aux exportations vers la Turquie et aux investissements dans
ce pays.

Je suis en desaccord avec beaucoup des points de cette lettre,
mais je m'elève tout particulièrement contre le recours a la phrase
'soi-disant resolution sur le "genocide Armenien'", qui denote une mise
en doute du caractère historique du Genocide Armenien. Ce faisant,
il defie le poids ecrasant de preuves historiques irrecusables et
l'opinion quasi unanime des experts en matière de genocide. En fait,
l'homme qui a cree le terme "genocide", Raphaël Lemkin, considerait
les massacres d'Armeniens au cours de la Première Guerre Mondiale
comme constitutifs de genocide, et il a cite ce genocide comme ayant
declanche son interet pour le genocide.

Je rejette de la meme facon les arguments de securite-nationale avances
par ceux qui s'opposent a la resolution sur le Genocide Armenien. Je
crois que les relations americano-turques liees a la securite sont
fondees sur les interets mutuels et que la Turquie n'est pas prete
pour se passer des interets immenses que lui rapportent les relations
bilaterales de securite dans le but de 'punir' les USA pour une
resolution declarative, quel que soit son ressentiment vis a vis de
cette resolution. Par exemple, la Turquie courait-elle le risque de
perdre le renseignement sur les mouvements du PKK au nord de l'Irak ?

C'est extremement improbable. De plus, l'histoire des reponses turques
a la reconnaissnce du Genocide Armenien par d'autres gouvernements
et parlements suggèrent que les retombees negatives seront limitees
et au pire, de courte duree.

En outre, je m'oppose a l'argument selon lequel le vote de la
resolution H.Res. 252 ferait capoter les protocoles turco-armeniens.

Les protocoles ont pris la poussière au parlement turc depuis qu'ils
ont ete signes en octobre, et a cause, particulièrement, des prealables
etablis par les dirigeants turcs, il y a peu de chances qu'ils soient
ratifies bientôt.

Enfin, je conteste que le vote de la resolution ferait du tort
a l'economie des USA. Croire que la Turquie rejetterait les
investissements americains et arreterait d'acheter les produits
americains si la Chambre votait la resolution H. Res. 252, c'est aller
trop loin. Dans un sens plus general, je suis profondement inquiet
de cette d'argumentation moralement aveugle, dans la mesure où elle
pourrait etre employee pour justifier l'inaction dans certains cas
où sont mis en cause les droits de l'homme autour du monde.

Bien que je n'accepte pas les arguments de ceux qui craignent une
atteinte potentielle a la securite nationale US si la Chambre votait
la Resolution sur le Genocide Armenien, je respecte ces arguments. Ce
que je ne peux ni accepter ni respecter, directement ou implicitement,
c'est qu'on pretende que les plus grands crimes de l'histoire moderne
ne se soient pas produits.

Sincèrement,

Howard L. Berman

President Commission des Affaires Etrangères