GENOCIDE ARMENIEN : L'HISTOIRE, LES FAITS, LES VERSIONS ( AFP - REPERES) - PHOTOS

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Erevan (AFP) - Les Armeniens a travers le monde commemorent vendredi
le centenaire des massacres de leurs ancetres, perpetres par les Turcs
ottomans lors de la Première guerre mondiale, une tragedie qualifiee de
genocide par l'Armenie alors que la Turquie rejette fermement ce terme.

Voici les faits principaux sur ces massacres et deportations,
commis entre 1915 et 1917 et qui enveniment toujours les relations
turco-armeniennes :

- Historique du conflit -

Après des siècles de domination persane et byzantine, le territoire
de l'Armenie historique est partage au milieu du XIXe siècle entre
les empires russe et ottoman. Entre 1,7 et 2,3 millions d'Armeniens
vivent dans l'Empire ottoman vers 1915, selon les estimations des
historiens occidentaux.

Les autorites ottomanes soupconnent les sujets armeniens de manquer
de loyaute a l'egard de l'Empire depuis la naissance, a la fin du
XIXe siècle, d'un mouvement nationaliste reclamant l'autonomie des
Armeniens.

Entre 100.000 et 300.000 Armeniens auraient ainsi ete massacres en
1895-1896, sous le règne du sultan Abdul Hamid II.

En octobre 1914, l'Empire ottoman entre dans la Première guerre
mondiale, aux côtes de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Lorsque
l'Empire essuie de lourdes pertes dans les combats affectant les
provinces armeniennes, les autorites en rejettent la responsabilite
sur les Armeniens et lancent une campagne de propagande les qualifiant
d'"ennemi interieur".

Le 24 avril 1915, des milliers d'Armeniens, soupconnes de sentiments
nationaux hostiles au gouvernement central sont arretes. La plupart
d'entre eux sont ensuite executes ou deportes et le 24 avril devient
dès lors, pour tous les Armeniens du monde, la Journee commemorative
du genocide armenien.

- Chaîne des evenements -

Le 26 mai 1915, une loi speciale autorise la deportation des Armeniens
"pour des raisons de securite interieure", suivie le 13 septembre
d'une loi ordonnant la confiscation de leurs biens.

La population armenienne d'Anatolie et de Cilicie est alors contrainte
a l'exode vers les deserts de Mesopotamie. Un grand nombre d'Armeniens
sont tues en chemin ou dans des camps.

Beaucoup sont brûles vifs, noyes, empoisonnes ou victimes du typhus,
selon des rapports des diplomates etrangers et des agents de
renseignement de l'epoque.

L'ambassadeur americain dans l'Empire ottoman, Henry Morgenteau,
decrit dans un câble diplomatique au Departement d'Etat une "campagne
d'extermination raciale sous couvert de repression de la rebellion".

Le 30 octobre 1918, l'Empire ottoman se rend aux forces de la Triple
Entente (Grande-Bretagne, Russie et France). Un accord sur l'armistice
permet alors aux Armeniens deportes de revenir dans leurs maisons.

En fevrier 1919, un tribunal militaire a Constantinople reconnait
plusieurs hauts responsables ottomans coupables de crimes de guerre,
y compris contre les Armeniens, et les condamne a mort.

- Versions contradictoires -

Les Armeniens estiment que 1,5 million des leurs ont ete tues de
manière systematique a la fin de l'empire ottoman.

La Turquie evoque pour sa part une guerre civile en Anatolie, doublee
d'une famine, dans laquelle 300 a 500.000 Armeniens et autant de
Turcs ont trouve la mort.

En avril 2014, le president actuel Recep Tayyip Erdogan, alors
Premier ministre, avait fait un pas en avant inedit en presentant des
condoleances pour les victimes armeniennes de 1915, sans pour autant
cesser de contester toute volonte d'extermination.

"Ce gouvernement a fait plus que tous ses predecesseurs pour faire
tomber les tabous de la fondation de la Republique, mais il s'est
malheureusement arrete en cours de route", estime Cengiz Aktar,
professeur de sciences politiques a l'universite privee Sabanci
d'Istanbul.

En 2000, 126 chercheurs, parmi lesquels le laureat du prix Nobel Elie
Wiesel, l'historien Yehuda Bauer et le sociologue Irving Horowitz,
affirment dans un communique publie par The New York Times que "le
genocide armenien lors de la Première guerre mondiale est un fait
historique incontestable".

"La deportation armenienne est une vraie tragedie", reconnaît Ilber
Ortayli, professeur d'histoire a l'universite Galatasaray d'Istanbul,
en appelant les historiens des deux pays a "se saisir de cette
question" et a "etudier point par point" cette periode de l'histoire
turco-armenienne pour "aller au fond de choses".

A ce jour, une vingtaine de pays reconnaissent le genocide armenien,
parmi lesquels la France et la Russie. Le Parlement europeen a fait
la meme demarche.

En 2008, lors de sa campagne electorale Barack Obama avait promis
de reconnaître le genocide armenien. Cependant, une fois elu, le
president americain n'a jamais employe ce terme.

vendredi 24 avril 2015, Stephane (c)armenews.com
http://www.armenews.com/article.php3?id_article=110765