Liban/Syrie : la "mouvance chrétienne" d'Al Qaïda ?

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Publié le : 16-08-2012


Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - La manipulation est,
hélas, indissociable des jeux politiques et des conflits. La situation
en Syrie est propice à la diffusion d'informations difficiles à
vérifier. Le site MediArabe.info a consacré un papier à l'arrestation,
au Liban, de l'ancien ministre chrétien Michel Semaha, proche du
général Michel Aoun. La remise de Semaha à la justice militaire
libanaise chargée des affaires de terrorisme, est d'ores et déjà un
évènement majeur au Liban et dans la région : l'enquête prouverait en
effet que de nombreux attentats revendiqués par Al-Qaïda (en Irak, en
Syrie, au Liban) seraient l'`uvre de certains courants chrétiens qui
commettent des actions terroristes planifiées par des commanditaires
syriens proches du pouvoir de Bachar Al-Assad, pour provoquer une
guerre confessionnelle entre chrétiens et musulmans. Cela permettrait
de justifier une intervention syrienne et permettrait à Assad de
détourner l'attention des massacres en cours dans son pays. Cette
information serait une véritable "bombe" si elle s'avérait véridique.

Sur son blog Dreuz Info, le journaliste Michel Garroté [1] revient sur
l'événement mais - comme au Moyen-Orient, rien n'est ni tout noir, ni
tout blanc - en tempère l'effet dévastateur en signalant quand même
que "depuis qu'Ayman Al Zawahiri, leader d'Al-Qaïda, tonne que les
Syriens doivent démolir Bashar Al Assad, le conflit syrien est devenu
très attractif pour les combattants djihadistes. Mayid Bin Muhammad Al
Mayid, émir des Brigades Abdullah Azzam, un groupe venu d'Irak et la
Brigade turque Omar Faruk demandent à tous les Syriens d'appuyer la
révolte contre le régime d'Assad. Le groupe djihadiste le plus actif
en Syrie, le Front al Nusrah, lié à Al-Qaïda, revendique les attentats
qui ont eu lieu sur sol syrien, y compris les explosions de véhicules
chargés de bombes à Damas et à Alep. La branche irakienne d'Al-Qaïda
est aussi présente en Syrie. Un groupe de cent cinquante combattants
d'une dizaine de nationalités (Turquie, Afghanistan, Somalie, Irak,
Libye, Pakistan, Bangladesh, Tchétchénie, Liban, etc..) mènent le
djihad en Syrie et proclament leur loyauté à `Al-Qaïda au Maghreb
Islamique' (AQMI) ou au `Shura Taliban'. Des djihadistes libyens ont
formé - entre autre - les combattants du groupe Liwaa Al Umma (la
Brigade de la Communauté des Croyants) et ils luttent depuis des
semaines contre le régime syrien. Ces combattants sont dirigés par un
certain Mehdi al Harati, un commandant libyen en cavale avec un
passeport irlandais."

Parmi les rebelles syriens et leurs alliés au Liban, en Turquie et
ailleurs, il y a donc bien des islamistes qui aspirent à expulser ou
massacrer les chrétiens de Syrie (qui représentent 12% de la
population). Et c'est d'ailleurs ce socle réellement intégriste qui
permettrait à Assad de construire ses machinations si ces dernières
étaient confirmées.

Rappelons que le général libanais chrétien maronite, Michel Aoun, qui
semble visé par ces "révélations", s'est rapproché du Hezbollah depuis
2006 - après avoir été durant des années un opposant à la Syrie -
allant même jusqu'à rencontrer le 3 décembre 2008, Bachar Al-Assad en
Syrie. Pro-syrien, Michel Samaha a été plusieurs fois ministre, du
temps de la tutelle syrienne sur le Liban. "Il est notoire, à
Beyrouth, que Michel Samaha fait partie des plus importants
conseillers de Bachar al-Assad" indique Badih Karahani, correspondant
de France 24 à Beyrouth.

Pour mémoire, une importante communauté arménienne, descendante des
rescapés du génocide perpétré par la Turquie de 1915 à 1923, est
regroupée en Syrie, essentiellement à Alep et Damas, ainsi qu'au
Liban. Michel Aoun (et son Courant patriotique libre - CPL) a conclu
une alliance avec le parti arménien Dachnagtsoutioun, ce qui lui a
permis aux élections législatives de juin 2009, d'obtenir plus de 52 %
des votes des chrétiens libanais. La victoire de Aoun était due "au
gain de 6 sièges sur 8 dans le district du Metn, issus du vote décisif
des Arméniens libanais". "La grande majorité de la population de la
municipalité arménienne de Bourj Hammoud et la totalité de population
de la région du Metn votent toujours en faveur du Dachnagtsoutioun"
notait à l'époque le journaliste arméno-américain Appo Jabarian [2].

Alors qui se cache derrière cette "branche chrétienne d'Al Qaïda" ou
derrière l'arrestation de Samaha et la diffusion de la (vraie ? fausse
?) nouvelle explosive de son implication dans le terrorisme régional ?

Dans cette poudrière qu'est la région moyen orientale, une chose est
sûre : rien n'est à exclure, pas même la manipulation d'"Al-Qaïdistes"
pro-Bachar par des anti-Bachar... Ce ne serait pas la première fois
que l'on verrait des services secrets jouer avec le feu des
intégrismes.

Qui manipule qui ? Quelle crédibilité accorder aux informations
concernant le rôle du chrétien Michel Semaha et de ses "Jihadistes" ?

Faut-il chercher une réponse à ces questions dans les déclarations de
l'ancien chef des renseignements israéliens, Danny Yatom ? A propos de
la probable guerre qui va très certainement opposer dans un avenir
proche Israël à l'Iran, Yatom déclare que « Les roquettes tirées
depuis le Liban et Gaza peuvent atteindre tout le territoire
israélien. Ceci est notre problème principal. (...) Nous devons les
empêcher de tirer ces missiles, aussi bien au Nord (Liban) qu'au Sud
(Gaza) ». Pour ce faire, ajoute l'ancien chef des renseignements
israéliens, Israël devra « agir avec toute sa puissance contre les
infrastructures au Liban et à Gaza. Nous risquons de devoir détruire
des parties du Liban et des parties de Gaza pour que nos citoyens ne
soient pas tués ». [3]

Va-t-on vers un gigantesque bain de larmes et de sang ?

Qu'ils soient pro ou anti Bachar, les agitateurs de l'ombre sont-ils
vraiment sûrs de ne pas sentir sur eux le souffle du boomerang ?

Le Collectif VAN reproduit ici une analyse (trop htive et un peu
sommaire en l'état actuel des faits) publiée le samedi 11 août 2012
par MediArabe.info [4].


[1] http://www.dreuz.info/2012/08/explosif-liban-michel-aoun-avec-un-a-comme-al-qaida/

[2] http://www.armenews.com/article.php3?id_article=52537

[3] http://www.dreuz.info/2012/08/cette-fois-israel-nepargnera-ni-le-hezbollah-ni-le-hamas/

[4] Selon le livre, "La judéophobie des Modernes: Des Lumières au
Jihad mondial" par Pierre-André Taguieff, "Le site Proche-Orient.info
a été fermé fin septembre 2006. Une partie de sa rédaction a créé le
site MediArabe.info."

Proche-Orient.info était dirigé par Élisabeth Schemla. La rédaction du
journal était composée, dans la période allant jusqu'en juin 2005, de
journalistes accrédités, comme Ivan Levaï, Alexandre Adler, Sylvain
Attal ou Jean-Yves Camus.

Proche-orient.info publiait une revue de presse quotidienne des
principaux journaux et chaînes arabes, israéliens, français et
anglo-saxons au sujet du Proche-Orient, ce qu'a fait également
mediarabe.info jusqu'au 30 novembre 2007 :
http://www.mediarabe.info/spip.php?rubrique14.
Selon nos recherches, MediArabe.info - qui semblerait n'avoir d'arabe
que le nom - est uniquement référencé sur des sites tenus par une
blogosphère farouchement pro-israélienne.


MediArabe.info

Les masques sont tombés, les propagandistes sont dévoilés. Al-Qaïda au
Liban se révèle "chrétienne" !

samedi 11 août 2012 - 19h03, par Stefano B.C.

L'arrestation de Michel Semaha (Sméha ou Samaha), jeudi, et sa remise,
ce samedi, à la justice militaire chargée des affaires de terrorisme,
est un évènement majeur au Liban et dans la région, avec un effet
rétroactif particulièrement bénéfique, dans le sens où elles
rétablissent la vérité sur l'origine du terrorisme régional et mettent
un terme à la propagande et aux propagandistes financés par Damas.
Parmi les premières victimes politiques de la chute de Semaha est sans
conteste le général Michel Aoun.

En un temps record, les enquêteurs des Forces de Sécurité Intérieures
libanaises (FSI) et le procureur général de la République libanaise
par intérim, Samir Hammoud, ont obtenu, sans grande peine, les aveux
de Michel Samaha, arrêté jeudi, grce à plus de 45 minutes de vidéos
filmées clandestinement par l'un des recrues de l'ancien ministre et
qui fut chargé de commettre des attentats au Nord du Liban. L'homme en
question, de la famille Kfouri, a restitué aux enquêteurs les bandes
tournées dans le parking du domicile de Samaha le montrant la « main
dans le sac », ainsi que les 24 engins explosifs prêts à l'emploi,
transportés personnellement par Michel Samaha depuis Damas, dans sa
Audi A8 blindée, offerte par Bachar Al-Assad. Kfouri a également remis
à la justice les 170.000 dollars que Samaha lui avait déjà versés pour
commettre ses forfaits.

Selon plusieurs sources libanaises, les 24 engins sont d'une grande
puissance. Leur composition ressemble aux explosifs utilisés par
Al-Qaïda en Irak dans les dernières années, ce qui confirme, à ceux
qui en doutaient encore, qu'Al-Qaïda en Irak n'était qu'un outil
syrien, au même titre que Fatah Al-Islam au Liban... Les bombes
étaient préparées avec des bonbonnes de gaz munies de dispositif de
mise à feu à distance. Quatre des engins étaient de 20 kilos chacun,
capables de détruire un immeuble, les autres variaient entre 1,5 et 4
kilos, munis de projectiles métalliques destinés à tuer un maximum
d'innocents...

Selon les enquêteurs, et conformément aux aveux de Samaha, les actions
terroristes planifiées par ses commanditaires syriens (Bachar Al-Assad
et Ali Mamlouk en personne) étaient d'une grande ampleur. Elles
visaient plusieurs types de cibles, à commencer par le convoi du
Patriarche maronite Béchara Raï, qui entamera une visite pastorale
dans le Akkar dès dimanche 12 août. Les attentats devaient se
poursuivre contre des rassemblements du Ramadan dans la même région.

L'objectif était de faire revendiquer l'attentat contre le chef de
l'Eglise à Al-Qaïda, ou aux radicaux salafistes, ou encore à l'Armée
Syrienne Libre, sous prétexte que le Patriarche soutient Bachar
Al-Assad. Il est vrai que Raï s'est ridiculisé en parcourant le monde
pour défendre le régime syrien, mettant en garde contre l'arrivée d'un
régime radical dangereux pour les Chrétiens. Mais en réalité, les
services syriens font chanter Raï grce à des informations
compromettantes qu'ils détiennent sur lui depuis leur occupation du
Liban... D'ailleurs, depuis plusieurs semaines, la propagande syrienne
et alliée, dont Samaha était l'une des pierres angulaires, multipliait
les mises en garde contre la présence d'Al-Qaïda au Liban, et contre
le risque d'attentat contre le Pape Benoît XVI, lors de sa visite au
Liban en septembre prochain.

Les attentats planifiés contre les rassemblements du Ramadan devaient
par la suite, être présentés comme une riposte chrétienne à l'attentat
contre le Patriarche. L'objectif ultime de ce programme était triple :
provoquer une guerre confessionnelle entre chrétiens et musulmans,
justifiant une intervention syrienne et permettant à Assad de
détourner l'attention sur les massacres en cours dans son pays ;
diviser les souverainistes de l'Alliance du 14 mars entre les Forces
Libanaises de Samir Geagea (qui a lui aussi échappé à un attentat,
sans doute lié aux mêmes commanditaires) et le Courant du Futur de
Saad Hariri (dont le père a été pulvérisé par les mêmes
commanditaires) ; en dernière étape, ce scénario devait, selon ses
auteurs, permettre au général Michel Aoun de capitaliser dans les
urnes et en politique sur les ruines du Akkar et sur le cadavre du
Patriarche, qu'il avait pourtant tant chéri et soutenu dans sa défense
du régime syrien. C'est sans doute pour limiter les dégts de leur
politique catastrophique et prendre leur distance avec Samaha que le
gendre de Michel Aoun, Gebran Bassil, et le député Ibrahim Kanaan se
sont rendus au Patriarcat, dès vendredi 10 août, afin de rencontrer
Raï... Pourvu que le Patriarche, et avec lui l'ensemble des Libanais,
puissent encore croire Aoun et les siens, y compris au confessionnal !

Car en effet, Michel Aoun et Michel Samaha sont associés depuis le
milieu des années 1980, comme le montre cette photo de l'époque,
montrant Samaha en arrière plan, derrière Michel Aoun et le chef de
l'état-major syrien d'alors, Hikmat Chehabi. Samaha avait alors `uvré
pour l'accord tripartite cautionné par Michel Aoun, dans l'objectif de
remettre le Liban à la Syrie, contre l'arrivée de Michel Aoun à la
présidence de la République. Peine perdue. Les souverainistes l'en ont
empêché. Mais Aoun rêve toujours de la présidence et pour y parvenir,
il compte sur une victoire de la dictature syrienne (Cliquez ici pour
lire ou relire : Obsédé de pouvoir, Michel Aoun cherche sponsor du 1er
décembre 2006). D'où son acharnement, avec son Courant Patriotique
Libre, à relayer la propagande liée à Al-Qaïda et à ses dangers sur
les Chrétiens.

Or, avec la chute de Samaha, les masques sont tombés. Al-Qaida au
Liban, tant décriées par Aoun, était en définitive chrétienne. Michel
Samaha, catholique melkite, en était l'idéologue. Michel Aoun,
maronite, en était le potentiel profiteur. Le système était installé
et rodé, jusqu'en Irak, au service d'un régime qui se présentait comme
laïc et protecteur des minorités. Il a pourtant massacré ces mêmes
minorités pour exercer des pressions sur l'Occident en vue de
prolonger son immunité.

Les masques sont tombés et les propagandistes du régime syrien sont en
cours. La menace du salafisme radical est, à ce stade, virtuelle,
alors que le danger du régime est avéré et permanent. Il s'exerce
depuis quarante années sur la Syrie, depuis trois décennies sur le
Liban, et depuis dix ans sur l'Irak, tout en prenant la cause
palestinienne en otage depuis l'arrivée de Hafez Al-Assad au pouvoir.
Comment les journalistes et les médias, arabes et occidentaux,
jusque-là financés par Damas - à travers Michel Samaha et Manaf Tlass
notamment et qui sont désormais hors service - vont-ils survivre à la
chute de l'empire du mensonge ? Comment pourront-ils encore convaincre
du danger d'Al-Qaïda, au moment où le régime est pris la main dans le
sac ? Comment Michel Aoun, directement ou indirectement impliqué dans
la défense du régime syrien, pourra-t-il encore prétendre représenter
les chrétiens qu'il s'apprêtait à massacrer ?

En définitive, à défaut de présider le Liban, Michel Aoun sera au
mieux président du syndicat des traîtres, ou des collabos. Et ils sont
nombreux au Liban.

Stefano B. C.


Lire aussi :

Spéculations après l'arrestation d'un ancien ministre libanais pro-syrien

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accusé de terrorisme à Beyrouth






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Source/Lien : MediArabe.info