LA FARCE FRANCAISE, PAR-DESSUS LES TURCS, SAUTE SUR LE VOTE ARMENIEN
Jean Eckian

armenews.com
jeudi 2 fevrier 2012

Le recours au Conseil Constitutionnel vu par un commentateur politique
turc : il s'essaie a l'ironie cinglante, mais on percoit tout de meme
une vague inquietude dans l'expression de son point de vue. Tout a
son euphorie des lendemains de fete, il qualifie la thèse turque sur
le genocide de 'reconnaissance honteuse', et pendant qu'il y est, il
qualifie le decret ottoman de deportation d' "infâme". Une retombee
des revendications en France des inconditionnels de la liberte
d'expression, qui seraeint entendues jusqu'a Istanbul ? Gilbert Beguian

En general, les media turcs etaient d'humeur joyeuse hier, a la suite
de la motion d'un groupe de parlementaires francais pour annuler
l'adoption par le Senat de la loi criminalisant la negation que
les massacres de 1915 dans les dernières annees de l'empire ottoman
constituaient un genocide.

77 membres du Senat et 65 membres du Parlement ont signe des lettres au
Conseil Constitutionnel arguant que la loi soutenue par le president
francais Nicolas Sarkozy etait contraire a la Constitution francaise,
cette loi violant la liberte d'expression.

L'un des titres alla jusqu'a dire que la motion representait "142
gifles au visage de Sarkozy". D'autres employaient des termes plus
moderes, comme si la motion representait une victoire pour la thèse
turque sur le problème armenien ; qui s'en tient actuellement a une
reconnaissance honteuse de "massacres mutuels".

Le ministre turc des affaires etrangères Ahmet Davutoglu a ete chic
pour se dire content de voir qu'il restait a Paris des personnes pour
corriger les erreurs, et qu'il n'y avait plus qu'a attendre que la
cour rende sa decision.

La declaration du President Sarkozy etait elle aussi une oeuvre d'art
politique ; un coup de poignard dans le dos auquel il ne s'attendait
pas, dans la mesure où beaucoup des parlementaires opposes a la
loi appartiennent en realite a l'Union pour un Mouvement Populaire
au pouvoir.

C'etait comme si Sarkozy n'avait pas envoye un message au Premier
Ministre Erdogan tout de suite après que le Senat ait approuve la
proposition de loi pour lui signaler qu'il avait 15 jours pour la
promulguer. Ce message signifiait en realite : "je vous donne une
chance de convaincre les politiques francais de tenter leur chance
pour l'annuler, et vous avez quinze jours pour cela, mais il vous faut
arreter votre campagne pour me discrediter". C'est après ce message
que la fureur turque contre le president francais est retombee, tandis
que des fuites etaient reprises dans les media selon lesquelles il
faudrait donner une chance a la diplomatie.

Une autre declaration, que la secretaire d'etat des USA Hillary Clinton
a faite a la suite du vote francais, etait elle aussi interessante
; en realite, Clinton demande a tous de laisser la question aux
historiens, la question armenienne n'etant pas, a Washington DC,
un festival annuel où l'on cogne sur la Turquie. On peut trouver que
cela n'est pas de l'hypocrisie mais de la realpolitik facon populiste.

Maintenant, le Conseil Constitutionnel donnera sa decision sous 30
jours, a dater du 31 janvier, le jour où le recours a ete depose.

Entre temps, la France se rapproche des elections presidentielle. Le
premier tour aura lieu le 22 avril ; deux jours avant le 97ème
anniversaire de l'infâme decret ottoman de deportation de la population
armenienne des provinces de l'est sous occupation russe [ ?] au cours
de la Première Guerre Mondiale. Le deuxième tour aura lieu le 6 ami.

Les sondages montrent que Sarkozy est derrière son principal rival
Francois Hollande du parti socialiste ; il lui faut absolument
que des votes se regroupent sur sa candidature, comme celui des
Armeniens-Francais, dont les racines sont en Turquie.

Si la proposition de loi est annulee, permettant egalement que soit
annulee la loi reconnaissant les tueries comme un genocide, rien ne
sera change pour la communaute armenienne en France, sauf les espoirs
manipules qu'ils auront investi dans Sarkozy sous la forme de leur
suffrage. C'est en cela aussi que cette affaire deja vue ressemble
a une farce.




From: A. Papazian