REVUE DE PRESSE
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Professeur Ã* l'université de Yale, Jay Winter est spécialiste de la
première guerre mondiale. Il est associé Ã* la naissance du Centre
international de recherche de l'Historial de la Grande Guerre Ã*
Péronne (Somme), qui consacre ses travaux Ã* l'histoire culturelle de
la guerre de 1914-1918.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont celui publié
en codirection avec Annette Becker et intitulé The Cambridge History
of the First World War (simultanément chez Cambridge University Press
et, en français, chez Fayard La Première Guerre mondiale - tome 1 :
Combats, octobre 2013), premier livre d'histoire globale sur le sujet,
suivi des tomes 2 et 3, respectivement sur les Etats (936 pages, 36
euros) et sur les sociétés civiles, Ã* paraître, le 10 novembre 2014
(912 pages, 37 euros).

Le monde se fait la guerre pendant plus de quatre ans. Les Etats
signent la paix en 1919-1920 en se disant >. Pourquoi
n'arrive-t-on pas Ã* sceller une paix durable ?

De nombreuses raisons expliquent que la paix n'ait pas tenu. La
première tient Ã* l'exclusion de l'Allemagne et de la Russie de la
toute récente Société des nations (SDN), ainsi qu'Ã* la
non-participation des Etats-Unis. La deuxième est due Ã* l'erreur qu'a
constitué le fait d'exiger de l'Allemagne des réparations de guerre de
nature punitive, ce qui a entraîné la déstabilisation de la République
de Weimar et rendu inévitable une révision du traité de Versailles. La
troisième résulte de l'incapacité Ã* mettre en place une structure de
stabilisation économique Ã* l'échelle de toute l'Europe ; c'est cette
erreur qui explique que l'affaiblissement de l'économie européenne ait
dégénéré en une crise mondiale après l'effondrement des marchés
boursiers en 1929. C'est Ã* partir de ce krach que les nazis sont
devenus une force politique crédible et que leur poids électoral s'est
spectaculairement renforcé. Le chemin qui a conduit Hitler au pouvoir
passait par cette crise mondiale.

Lire : Noël fraternel dans les tranchées Rassemblement organisé par
les indépendants et les communistes pour protester contre le Traité de
Versailles, Ã* Berlin, le 3 août 1919.

Au milieu des années 1920, les politiques, les intellectuels, les
opinions publiques considèrent-ils que les traités de 1919 Ã* 1923 sont
une réussite ou un échec ? Autrement dit, qui, et Ã* partir de quand,
commence Ã* estimer que la paix a échoué ?

A la fin de la guerre, la Turquie se trouva dans le camp des vaincus.
Les termes du traité de Sèvres étaient durs. Ils confiaient Ã* la
Grande-Bretagne, Ã* la France, Ã* l'Italie et Ã* la Grèce le soin d'> certaines parties de la Turquie européenne et de
l'Anatolie. Pendant quatre ans, Mustafa Kemal ou Atatürk (>) s'employa Ã* rassembler les débris de l'ancienne
armée ottomane et réussit Ã* en faire une force combattante
suffisamment puissante pour chasser les forces d'occupation alliées.

Signé en 1923 en remplacement du traité de Sèvres (1920), le traité de
Lausanne prit acte de la nouvelle situation sur le terrain et, au
terme de négociations directes, autorisa la Turquie et la Grèce Ã*
procéder Ã* un > par lequel plusieurs millions
de Grecs d'Anatolie émigrèrent en Grèce et en Bulgarie, tandis que
plusieurs millions de musulmans originaires des Balkans rejoignirent
la nouvelle République turque. Le nettoyage ethnique se trouvait
légitimé par le droit international. La nouvelle nation turque en
sortit ethniquement plus unifiée et moins tiraillée par ses minorités
grecque et arménienne que ne l'avait été l'Empire ottoman. L'Etat turc
moderne est donc directement issu du génocide des Arméniens perpétré
en 1915-1916 et des victoires militaires d'après-guerre remportées par
l'armée turque sous le commandement d'Atatürk. La défaite de l'Empire
ottoman donna naissance Ã* la République turque. Il est donc clair que
le traité de Sèvres de 1920 s'était soldé par un échec.

Par ailleurs, la création des nouveaux Etats qu'étaient la Pologne,
l'Autriche, la Hongrie et la Yougoslavie a suscité des conflits
incessants au sujet des frontières nouvellement établies de ces
différents pays. Notamment pour la Hongrie, qui perdait les deux tiers
du territoire qu'elle occupait avant la guerre et où le traité de
Trianon a mécontenté l'ensemble de la population du pays. Bref, la
paix est un échec et, dès le milieu des années 1920, elle fut
considérée comme telle dans la plupart des régions européennes.

En savoir plus sur
http://www.lemonde.fr/centenaire-14-18/article/2014/11/12/la-paix-est-un-echec-des-le-milieu-des-annees-1920_4522335_3448834.html#OiEJ3iEltXipQLhu.99

samedi 3 janvier 2015,
Stéphane (c)armenews.com
http://www.armenews.com/article.php3?id_article=106591


From: Baghdasarian