LES JACKPOTS DE KIRK KERKORIAN

La Tribune , France
3 juillet 2006

Des debuts de l'aviation commerciale a l'explosion de Las Vegas, il
est une des legendes des affaires americaines et, a 89 ans, n'a pas
l'intention de s'arreter. Le pari que Kirk Kerkorian a tente en prenant
près de 10 % de General Motors il y a un an est le dernier d'une
longue serie qui a fait de ce fils d'immigre armenien la dix-neuvième
fortune americaine avec 10 milliards de dollars, selon Forbes Magazine.

Pilote d'avion pendant la Seconde Guerre mondiale, Kerkorian rachète
en 1947 pour 60.000 dollars un avion avec lequel il transporte les
riches parieurs entre Los Angeles et Las Vegas. Lorsqu'il revend la
compagnie, onze ans plus tard, il empoche 107 millions de dollars.

Naît alors Kerkorian-le-raideur, faiseur de deals hors du commun.

L'an dernier, avant de partir a l'assaut de General Motors, il a
vendu MGM a Sony pour près de 5 milliards de dollars. C'etait la
troisième fois qu'il vendait le studio hollywoodien depuis sa première
acquisition, en 1970.

S'il n'a rien d'un reclus a la Howard Hughes, Kirk Kerkorian cultive
la discretion, voire le secret. Très populaire en Armenie pour y avoir
fait de très genereux dons, il ne s'y est pourtant rendu que pour
une seule et courte visite. On lui connaît un goût prononce pour le
tennis, auquel il continue de jouer. S'il mène toujours ses affaires,
il en a laisse la gestion quotidienne a des proches, comme Jerôme
York, qui le represente au board de General Motors. Cette discretion
contraste avec le goût du clinquant dans ses investissements. Outre
le cinema, cet ancien joueur repenti fait partie des visionnaires
qui ont faconne le Las Vegas moderne. Il a ete le premier a croire
aux gigantesques hôtels-casinos, qu'il n'a cesse de construire,
de vendre ou d'acheter depuis trente-cinq ans.

Son empire MGM Mirage est a la tete de 75.000 chambres sur le celèbre
strip.

La tentative de secouer GM n'est pas sa première aventure dans
l'automobile. À la fin des annees 1980, il est entre dans le capital
du constructeur americain Chrysler. Ses efforts pour en prendre le
contrôle ont echoue, mais lors de la fusion du troisième constructeur
americain automobile avec Daimler-Benz, en 1998, la valeur de son
investissement a plus que double. Cela ne l'a pas empeche de poursuivre
la firme allemande, qu'il accuse de l'avoir trompe sur les conditions
de la fusion. La justice l'a deboute en avril 2005. Preuve qu'il lui
arrive aussi de perdre des paris.

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