ASSASSINAT DE TROIS MILITANTES KURDES : LES SERVICES SECRETS SUR LA SELLETTE

Publié le : 30-03-2015
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invite a lire cette information publiée sur le site des Amitiés
kurdes de Bretagne le 25 mars 2015.

mercredi 25 mars 2015 par Amitiés kurdes de Bretagne

Le triple assassinat du 147 rue Lafayette a Paris : les services
secrets sur la sellette

Le 9 janvier 2013 étaient sauvagement exécutées au siège du Centre
d'Information du Kurdistan, en plein Paris, trois militantes kurdes,
Fidan Dogan (Rojbîn), Leyla Söylemez et Sakine Cansiz. Le tueur
présumé était très rapidement identifié et écroué. Manuels
Valls, ministre de l'Intérieur, promettait sur les lieux mêmes
que toute la lumière serait faite, promesse réitérée a Rennes
le 9 janvier 2014, tout en laissant entendre que l'affaire était
compliquée et qu'il ne pouvait présentement en dire plus. Aux
craintes exprimées d'un étouffement de l'affaire au nom de la
raison d'Etat, il réaffirmait sa confiance en la justice pour que
la procédure aille jusqu'a son terme.

L'affaire vient d'être relancée par Hakan Fidan, chef des services
secrets turcs (MIT) qui, rapporte la presse turque, a déclaré que
le meurtre des trois militantes kurdes a été l'Å"uvre d'une faction
de ses propres services opposée aux négociations avec le PKK et
noyautée par le puissant courant islamiste de Fethullah Gulen,
naguère ami et soutien de R.T. Erdogan alors premier ministre et
chef du parti au pouvoir, aujourd'hui l'ennemi irréductible du Â"
sultan Â" devenu président de la République de Turquie.

Des Â" révélations Â" qui ne dédouanent pas Erdogan

La ficelle, un peu grosse, est sans doute a usage interne, a placer
dans le cadre de la campagne électorale pour les législatives
de juin prochain. Les déclarations de Hakan Fidan, venant d'un
homme puissant, homme-lige d'Erdogan, ressemblent a une opération
de communication de la guerre psychologique qui consiste a faire
porter le chapeau a celui qu'on veut discréditer, en lui imputant
ses propres faiblesses ou mieux encore la responsabilité des Â"
coups tordus Â" qu'on a soi-même fomentés, des Â" coups tordus Â"
qui consistent a faire endosser par l'adversaire un méfait voulu,
permis ou couvert. Le MIT n'en est pas a son coup d'essai : citons
par exemple le plasticage d'une librairie de Semdinli par 4 membres
des services spéciaux (attribué a tort au PKK) ou le faux vrai
mitraillage du minibus de BeytuÅ~_ebap (attribué également a tort au
PKK). En faisant assassiner nos amies kurdes, Fethullah Gulen pouvait
effectivement nourrir l'ambition de faire capoter les négociations
avec Abdullah Ocalan mais Erdogan pouvait tout autant trouver utile
d'éprouver la détermination de son interlocuteur et le pousser a
la faute, car on peut douter de sa réelle volonté de trouver une
issue dans ces négociations. Pour preuve les derniers événements :
alors qu'Abdullah Ocalan exhorte son peuple et ses troupes Â" a tenir
un congrès pour mettre fin a la lutte armée Â" dans le cadre d'un
processus entamé sur la base de 10 articles acceptés officiellement
de part et d'autres, Erdogan se dérobe en faisant de la reddition
sans condition du PKK un préalable et en déclenchant une vaste
opération militaire dans la région de Mardin. Il se permet même
d'accuser son propre gouvernement d'être trop conciliant avec le PKK.

Une levée partielle du secret-défense qui embarrasse

Une éventuelle implication des services secrets francais serait-elle
la cause d'une très prudente attitude des autorités francaises
? Cette interrogation, nous l'avions posée le 21 juin 2014, au moment
où Erdogan était recu a l'Elysée. Il nous paraissait essentiel
que la justice francaise puisse interroger les services secrets,
ce qui en quelque sorte a été la cas le 4 septembre 2014, quand la
juge d'instruction, dans le cadre de ses attributions, a adressé une
requête en déclassification des documents émanant de la Direction
générale de la Sécurité intérieure (DGSI). En réponse, le
Ministre de l'intérieur a saisi le 3 décembre 2014 la Commission
consultative du Secret de la Défense nationale qui a émis, le 22
janvier 2015, un avis défavorable a la déclassification de deux
documents émanant de la DGSI et un avis partiellement favorable
a un ensemble d'une quarantaine de notes dont l'énumération
rend perplexe. Par exemple, seul le 3e paragraphe de la page 7 de
la note du 17 juin 1998, commencant par : Â" le 10 mai 1998 Â",
soit 4 lignes, est déclassifié ; seul le passage de la note du 23
novembre 2001 commencant par Â" Rujbin Â" en page 3, soit 2 lignes,
est déclassifié ; de même seul le passage de la page 2 de la note
du 23 février 2011 commencant par Â" Fidan DOGAN Â", soit 12 lignes,
est déclassifié. La magistrate n'aura a connaître que 7 lignes
écrites de la note du 22 juin 2004 consacrée a Sakine Cansiz, 17
lignes écrites de la page 4 de la note du 7 janvier 2013, consacrée
également a Sakine, soit 2 jours avant son assassinat. Il en va ainsi
pour plus d'un document sur deux. Nous n'en connaissons pas le contenu,
secret de l'instruction oblige, mais cette déclassification partielle
doit aiguiser la curiosité sur ce qui n'est pas déclassifié.

Les services secrets francais ont-ils déficients ? Il n'est pas sÃ"r
que les documents censurés puissent être une aide pour les magistrats
dans la recherche de la vérité. Affirmer sa confiance dans la justice
n'est pas suffisant. Faut-il encore que les moyens lui soient donnés.

André Métayer

Source/Lien : Amitiés kurdes de Bretagne