SODEXHO EST LA PREMIèRE VICTIME EN TURQUIE DE LA PROPOSITION DE LOI
Jeanne Lhoste

Le Figaro, France
18 mai 2006

L'entreprise de restauration collective vient d'etre ecartee d'un appel
d'offres lance par le ministère de la Defense. "Nous etions les moins
chers mais notre proposition comporte soi-disant une irregularite
par rapport au cahier des charges", explique Esref Hamamcioglu,
le directeur de Sodexho en Turquie, qui a decide de porter plainte.

Cette mesure de retorsion manifeste contre une entreprise francaise
intervient alors que l'Assemblee nationale doit examiner le texte
aujourd'hui. Dans ce contexte, les menaces de sanctions contre les
interets economiques francais en Turquie se multiplient depuis plus
d'une semaine. Les entreprises participant a des appels d'offres
sont les plus exposees et les produits de grande consommation, comme
Danone ou L'Oreal, sont egalement dans le collimateur. Au cours d'un
voyage en Indonesie, le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a
lui-meme evoque un boycott des produits francais si la proposition
de loi etait adoptee. Une liste de marques francaises circule sur
Internet. Et depuis plusieurs jours, des membres du petit Parti des
travailleurs manifestent bruyamment devant le consulat de France
a Istanbul et font signer des petitions appelant au boycott. "La
loi equivaudrait a une declaration de guerre" Pour tenter de faire
barrage a cette loi, les milieux d'affaires turcs se sont livres
a un intense lobbying en France. La Tusiad, l'equivalent du Medef
en Turquie, a ainsi envoye une lettre a tous les deputes francais,
pour leur rappeler l'extreme sensibilite turque sur cette question :
"Cette loi va susciter l'enthousiasme des groupes extremistes turcs
et armeniens. (...) Elle renforcerait les courants anti-europeens
en Turquie, restreindrait les progrès democratiques et l'espoir
de l'ouverture d'un debat sur la question armenienne avec la
participation de tous les citoyens de Turquie." Pour Haluk Tukel,
le secretaire general de la Tusiad, visiblement excede par cette
initiative francaise, "la loi equivaudrait a une declaration de
guerre. On a vraiment l'impression que la Turquie est directement
visee", tout en precisant que son organisation patronale ne prendrait
pas la tete d'une campagne contre la France. En revanche, l'Union
des chambres d'industrie et de commerce turque, la Tobb, delivre
un discours plus comminatoire. "Il nous sera difficile de rester
indifferents aux reactions des hommes d'affaires et de la population",
souligne ainsi Ismail Koksal, secretaire general de l'Union. En 2001,
après la reconnaissance du genocide armenien, la Tobb, suivie par
les chambres syndicales et les associations professionnelles, avait
activement participe au mouvement de boycott.

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