Analyse
La Turquie nie le génocide de 1915 pour cacher les massacres de 1895


Si la Turquie nie le génocide arménien de 1915, c'est (aussi) pour
cacher les massacres de 1895

Par Hervé Roubaix

Le génocide arménien est le premier génocide du 20e siècle. En 1895,
ils firent un vrai massacre.

« Pendant des siècles, les Turcs ont simplement vécu comme des
parasites sur le dos de ce peuple occupé et industrieux. Ils leur ont
imposé une extinction économique, ont volé leurs plus belles filles
pour les emmener de force dans leurs harems, ont pris les nourrissons
chrétiens de sexe masculin par centaines de milles pour en faire des
soldats musulmans. Je n'ai pas l'intention de décrire la terrible
vassalité et l'oppression qui a duré cinq siècles. Mon but est
simplement de souligner cette attitude innée du Turc musulman envers
les personnes qui ne sont pas de leur propre race et religion, à
savoir qu'ils ne sont pas des êtres humains mais simplement des
esclaves autorisés à vivre quand ils présentent un intérêt pour leurs
maîtres, ou qui peuvent être détruit sans pitié quand ils ont cessé
d'être utile. Cette attitude est renforcée par un mépris total pour la
vie humaine, et un plaisir intense à infliger la souffrance physique,
ce qui n'est pas inhabituel chez les peuples primitifs. » - (Henry
Morgenthau, ambassadeur américain à Constantinople de 1913 à 1916)

En tout, 2 millions d'Arméniens furent soit déplacés de leurs terres
ancestrales, soit éliminés, un peu comme les européens le souhaitent
pour les Juifs de Palestine aujourd'hui.

Pour cela, les musulmans turcs ottomans, qui ne toléraient pas les
chrétiens - rien n'est nouveau - organisèrent un génocide pour se
débarrasser des arméniens et des grecs. C'est ainsi que 1.5 millions
de personnes perdirent la vie entre 1915 et 23, pendant et après la
première guerre mondiale.

C'est ce génocide dont les turcs nient aujourd'hui l'existence (ils ne
l'ont pas toujours nié) et dont il est coutume de parler. Mais avant
cela, entre 1894 et 1896, environ 300 000 à 400 000 habitants de
villages chrétiens arméniens furent massacrés lors de pogroms
organisés par les régiments spéciaux du sultan Abdul-Hamid II, aussi
connu sous le nom de « sultan rouge » pour les massacres qu'il commit
contre cette population ottomane arménienne.

Le pire de ces massacres eu lieu en 1895. 300 000 civils,
principalement des hommes, furent sauvagement, islamiquement, abattus.
Il faut dire que les chrétiens arméniens étaient de loin les plus
éduqués, les plus riches du vieil Empire turc, mais aussi ceux que
l'on nommait - déjà - les infidèles, les non croyants en l'islam.

Les massacres étaient -officiellement du moins- destinés à saper le
sentiment nationaliste arménien en effrayant les Arméniens. Le sultan
Abdul-Hamid II était effrayé par la vivacité de l'activité des groupes
politiques arméniens, et voulait freiner leur croissance avant qu'ils
n'acquièrent une plus grande influence en répandant des idées sur les
droits civiques et à l'autonomie. Cependant, selon les historiens, il
n'envisageait pas comme ses successeurs, les Jeunes Turcs, de faire
disparaitre les Arméniens en tant que peuple.

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Le témoignage de Vilbert, Shipley et Prjevalsky, représentants la
France, l'Angleterre et la Russie, contredit totalement la thèse du
massacre non génocidaire :

« Nous, Messieurs Vilbert, Shipley et Prjevalsky, représentants la
France, l'Angleterre et la Russie, avons acquis la conviction, et
sommes arrivés à la conclusion, en fonctions des preuves qui nous ont
été présentées, que les Arméniens ont été massacrés sans distinction
d'ge ou de sexe, et que, en fait, pendant une période de trois
semaines, entre le 12 août et le 4 septembre, il n'est pas exagéré de
dire que les Arméniens furent absolument chassés comme des bêtes
sauvages, furent tués là où ils étaient trouvés, et si le massacre n'a
pas été plus important, c'est, je pense, uniquement du à l'étendue des
montagnes de cette région, qui a permis à la population de se
disséminer et de s'échapper plus facilement.

En fait, et parlant avec un plein sens de mes responsabilités, je suis
contraint d'admettre que s'est imposée à moi la conviction que ce
n'était pas tellement la capture de l'agitateur Mourad, ou la
répression d'une pseudo-révolte, qui étaient recherchées par les
autorités turques, mais l'extermination pure et simple du Ghelieguzan
et du Talori' (in Les massacres arméniens où le sabre de Mohammed et
Les atrocités arméniennes)

Le Président américain Grover Cleveland écrit, le 2 décembre 1895 lors
de son message au Congrès :

« Des évènements en Turquie ont continué à provoquer l'inquiétude. Les
rapports sur les massacres de Chrétiens en Arménie, et le
développement, là et dans d'autres régions, dans l'esprit d'une
hostilité fanatique contre l'influence chrétienne, entraine une peur
naturelle (baptisée depuis islamophobie), pour la sécurité d'hommes et
de femmes dévots, appartenant à des sociétés de missionnaires
américains à l'étranger, et qui résident en Turquie sous la garantie
de la loi et des usages pour la pratique légitime de leur mission
éducative et religieuse ».

Lorsqu'en 1896, les américains menacèrent le sultan Abdul-Hamid II
afin qu'il cesse la `persécution' des Arméniens, ce dernier, dans sa
réponse, fit comme son successeurs Erdogan aujourd'hui : il nia toute
persécution d'Arméniens, mais déclara que l'Empire Ottoman avait reçu
des milliers de réfugiés musulmans qui avaient fui l'oppression de la
Bulgarie et de la Russie chrétiennes.

C'est ainsi que les Turcs créèrent « la Turquie pour les Turcs ».

© Hervé Roubaix pour Dreuz.info

A propos de l'auteur

Hervé Roubaix est un ex data-journaliste pour un média en ligne nord américain.

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samedi 2 novembre 2013,
Jean Eckian ©armenews.com
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